L'ARBRE ET SES FEUILLES
Extrait du livre Synetica 2012, page 57 et suivantes. @ Leo, vous êtes en ligne ? @ Oui Liberty, je pêche. Ma ligne traditionnelle plonge dans le Yang Tsé et ma ligne virtuelle vous a capturée dans l’éther... @ Ah vous êtes rigolo, en plus ;-)) Mon ami Stephen de New York me dit que vous avez une métaphore «limpide» au sujet de l’homme et de l’Humanité. Une histoire d’arbre, à ce que j’ai retenu. @ Ah, chère rescapée de l’apartheid, vous en êtes à vous poser ce genre de question ? @ Oui, et je suis aidée en cela par les informations qui me viennent de toutes parts. @ Alors détendez-vous, Liberty chérie, nous allons faire un grand voyage en vous-même. Je vous propose une allégorie simple : Vous êtes une feuille. Autour de vous s’agitent d’autres feuilles, issues tout comme vous de la même génération, de la même saison. Née au printemps, votre seule certitude est de mourir à l’automne, dans le meilleur des cas. Entre ces limites inéluctables, vous croissez, travaillez et participez à la croissance de votre branche... génétique. Notre réalité matérielle et nos processus biologiques, sont incroyablement semblables à ceux de la feuille sur son arbre. Même la sève possède une structure et une fonction pratiquement identiques à notre sang. Préoccupée le jour à capter le maximum de lumière, vous inversez ce processus la nuit, afin de produire l’énergie qui alimente l’arbre et la redistribue à tous ses composants. Vous participez pleinement à l’existence de l’arbre, tout en limitant votre conscience à la réalité d’une feuille. Dans cette situation, qui est réel ? La feuille, ou l’arbre ? La feuille ET l’arbre, assurément. Nous sommes individuellement les éléments d’un ensemble qui n’est pas soumis aux mêmes contingences temporelles : si les feuilles ne vivent qu’une saison, l’arbre vit plusieurs siècles, des centaines de saisons. 2 formes de vie, essence (ne parle-t-on pas d’essence pour un arbre ?) et substance, pour la feuille. Deux vies qui n’en font qu’une, indissociablement liées mais placées de part et d’autre d’une même réalité, d’un miroir semi-transparent. Deux façons de vivre cette réalité : demandez à deux maçons sur le même chantier, ce qu’ils sont en train de faire. Un pourra vous répondre qu’il pose des briques, l’autre vous répondra qu’il construit une maison ! Il n’y a que votre propre version des faits, votre propre point de vue, qui constitue la différence : vous êtes, nous sommes l’arbre, seule notre cécité psychologique nous empêche de le concevoir. Tant que nous laisserons à d’autres feuilles le privilège de vivre égoïstement cette situation, nous en resterons les esclaves. A ce stade du raisonnement, ma chère Liberty, vous devriez percevoir la notion de «divinité» : lorsque vous devenez «l’Arbre» en élevant votre niveau de conscience, en partageant celles de toutes les autres feuilles, vous devenez Dieu. Vous réintégrez d’un coup tout l’univers qui vous constitue et vous devenez maître de votre destin, en en jouant à nouveau tous les rôles. D’homme, de femme, vous devenez Humanité. Foi, Nirvana ou... psychotropes, à chacun de trouver sa voie... Quand vous aurez atteint cet état, vous ne craindrez plus la mort. Homère disait (L’Iliade, 6, 146) : «Il en est des générations des hommes, ainsi que des feuilles sur les arbres». Le Coran dit (4,36) : «Chacun recevra le fruit de ses oeuvres». La Bible dit (Jérémie 18 ; 7-8) : «L’homme qui se confie à Dieu est un arbre qui ne cesse de porter du fruit». A partir de maintenant, votre vie va changer : tout ce qui vous arrive à présent, n’est que la manifestation de l’amour que l’Arbre porte nécessairement à l’une de ses feuilles. Toutes les situations qui vous paraissaient aléatoires trouvent à présent une cause et toutes les conséquences s’expliquent par le progrès que les événements vous feront faire. Plus vous agirez en synergie avec votre arbre, moins il vous obligera à souffrir pour avancer. @ (la minute de silence qui suit est encore de Leo...) @ J’avoue que la situation n’est pas encore évidente pour moi, Leo, mais je sens que vous venez de m’enseigner quelque chose de fondamental. En tout cas, cela explique bien des choses. @ Oui, petit paysan du monde, plante cette graine en ton coeur et arrose-la chaque jour de tes rires et de tes larmes. Fait croître cette idée qui te fera découvrir le monde et les autres sous un autre aspect, pour mieux les aimer et ainsi t’épanouir. Puis vînt un long soupir tout auréolé d’amour et Leo Tseu reprit son activité quotidienne : lire dans les rides du fleuve les évènements du monde, écouter la joie de l’univers dans le chant des oiseaux et respirer comme on sourit, l’air pur de la vie. Enfin un arc-en-ciel l’entoura pendant un instant de son aura resplendissante et disparut lentement en souriant au couchant |